Quand Simone de Beauvoir décryptait “le phénomène Bardot, légende créée par les autres”
Publié en août 1959 dans le magazine américain Esquire, Brigitte Bardot and the Lolita Syndrome n’est pas un livre au sens strict, mais d'un essai incisif de Simone de Beauvoir consacré au « phénomène Bardot ». L’autrice y propose moins une notice biographique qu’une lecture sociale : Bardot, décédée ce 28 décembre 2025, devient un révélateur des tensions de la France d’après-guerre, prise entre morale bourgeoise, culture de masse et reconfiguration des désirs.
Le 28/12/2025 à 16:42 par Nicolas Gary
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28/12/2025 à 16:42
Ce qui intéresse de Beauvoir, ce n’est pas tant la trajectoire intime de l’actrice que ce qu’elle révèle d’une société en mutation. Bardot, écrit-elle, est moins une personne qu’« une légende créée par les autres », un mythe façonné par les regards, les attentes et les contradictions de la France d’après-guerre.
Beauvoir observe un pays pris entre deux pôles : une morale bourgeoise encore pesante et une culture de masse qui accélère la circulation des images, des désirs, des fantasmes. Bardot surgit là, au point de tension. « Elle ne correspond pas aux catégories traditionnelles », note Beauvoir ; c’est précisément cette inadéquation qui la rend à la fois fascinante et insupportable.
Une apparition, un malaise collectif
L’essai s’ouvre sur une scène apparemment anodine : un réveillon télévisé. Brigitte Bardot apparaît simplement vêtue, guitare à la main. Rien de spectaculaire — et pourtant. La réaction du public est immédiate, clivée, presque brutale. Beauvoir décrit « le sarcasme, les rires gênés, l’hostilité à peine voilée » d’un côté, et de l’autre une fascination muette, difficile à assumer.
Certains hommes, écrit-elle, se réfugient dans la moquerie, mais « ne pouvaient s’empêcher de la dévorer des yeux ». Tout est déjà là : le regard désirant, la gêne, le besoin de disqualification. Bardot ne joue pas un rôle, elle ne cherche pas à séduire — du moins pas selon les codes habituels. Et c’est précisément cela qui dérange.
Le “syndrome de Lolita” : une jeunesse mise en scène
Pour nommer ce trouble collectif, Beauvoir forge l’expression de « syndrome de Lolita ». Il ne s’agit pas seulement d’un goût pour la jeunesse, mais d’un mécanisme culturel : l’élévation de la très jeune femme au rang d’idéal érotique, à condition qu’elle reste associée à une forme d’innocence.
Bardot incarne cette figure paradoxale que Beauvoir résume ainsi « une femme-enfant, désirée précisément parce qu’elle semble ignorer qu’elle est désirable ».
Brigitte Bardot par Milo Manara - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
Tout se joue dans cette apparente inconscience. Bardot n’exhibe pas sa sexualité ; elle la laisse affleurer. Beauvoir insiste : « son érotisme est d’autant plus troublant qu’il paraît involontaire ». Elle ne calcule pas, elle ne compose pas — du moins le croit-on. Et cette absence de calcul autorise le désir masculin à s’exercer sans culpabilité.
Une liberté qui inquiète, y compris les femmes
Mais réduire Bardot à une projection masculine serait trop simple. Beauvoir s’y refuse. Elle observe un autre malaise, plus discret, mais tout aussi révélateur : celui des femmes. Beaucoup la jugent « facile », voire indécente, tout en reconnaissant son pouvoir d’attraction. Pourquoi ? Parce que Bardot rompt avec un modèle encore dominant — celui de l’épouse vertueuse, de la mère légitime.
« Elle ne demande rien », écrit Beauvoir, « ni approbation ni pardon ». Bardot ne justifie pas son existence, ne s’excuse pas d’être regardée. Cette autonomie symbolique — fragile, ambiguë, mais réelle — déstabilise. Elle cristallise un conflit de normes : entre une féminité codifiée et une autre, plus flottante, qui semble se suffire à elle-même.
1959 : modernité, célébrité, exportation du mythe
Le contexte est décisif. En 1959, Bardot a 25 ans. Sa célébrité est mondiale. La France entre dans une modernisation accélérée : télévision omniprésente, vedettariat industriel, consommation de masse. Que cet essai paraisse d’abord en anglais n’a rien d’anecdotique. Beauvoir s’adresse à un lectorat américain curieux de comprendre pourquoi cette actrice française suscite des passions aussi violentes.
Elle le dit explicitement : Bardot est « une création française », mais son succès révèle des mécanismes universels. À travers elle, Beauvoir teste — presque, expérimente — sa grille d’analyse des rôles sexués sur un objet populaire, loin des cercles intellectuels habituels.
Un mythe pour penser les contradictions sociales
Aucune rencontre personnelle n’est documentée entre ces deux femmes par ailleurs, mais ce texte constitue l’un des liens les plus forts entre Bardot et le champ intellectuel du XXᵉ siècle. Brigitte Bardot n’a jamais été une figure intégrée au champ intellectuel, mais elle en a été un objet majeur d’analyse, notamment pour Simone de Beauvoir.
Car au fond l'essai ne cherche pas à percer le « mystère Bardot ». Il décrit autre chose : un dispositif. Celui d’une société qui désire l’émancipation tout en la redoutant, qui fabrique une icône pour mieux canaliser ses propres contradictions. Bardot, écrit Beauvoir, est « moins une femme qu’un miroir ».
En ce sens, il dépasse largement son objet immédiat. Beauvoir ne parle pas seulement de cinéma, ni même de célébrité. Elle interroge la fabrication des figures féminines dans l’espace public, la manière dont le regard collectif transforme une personne en symbole, puis exige de ce symbole qu’il reste conforme au rôle qui lui a été assigné. Bardot devient ainsi le lieu d’un compromis impossible entre désir et respectabilité, modernité et conservatisme.
Plus de soixante ans après sa publication, le texte conserve une étonnante actualité. Les figures ont changé, les médias aussi, mais le mécanisme demeure : fascination pour la jeunesse, injonction à la spontanéité, soupçon jeté sur toute femme qui semble trop libre — ou pas assez coupable de l’être. Relu aujourd’hui, Brigitte Bardot and the Lolita Syndrome apparaît moins comme un essai circonstanciel que comme une grille de lecture durable des rapports entre célébrité, genre et pouvoir symbolique.
Un miroir, donc. Qui ne renvoie pas une image flatteuse. Il révèle une société qui célèbre la transgression à condition qu’elle reste jeune, instinctive, non revendiquée ; qui tolère la liberté féminine tant qu’elle ne se dit pas comme telle. Bardot fascine précisément parce qu’elle semble incarner une émancipation sans discours, une liberté sans programme — ce qui la rend acceptable, mais aussi profondément ambiguë. Elle ne conteste pas frontalement l’ordre moral : elle le désoriente.
Un miroir troublant, parfois inconfortable — mais d’une redoutable efficacité pour comprendre une époque autant qu'une sociologie : d'un côté la France des années 1950, plus largement cet imaginaire collectif qui, depuis, n’a cessé de se réinventer — sans jamais se débarrasser complètement de ses contradictions.
Crédits photo : Brigitte Bardot par Milo Manara - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
13 Commentaires
28/12/2025 à 21:46
Très bien écrit.
Simone de Beauvoir (1908-1986) est célèbre comme femme de lettres - à juste titre - et non seulemt comme la compagne du philosophe Jean-Paul Sartre.
Son analyse du phénomène BB est sociologiquement solide, car fondé sur les paramètres socio-économiques des Trente Glorieuses.
Elle a notamment écrit ceci :
"Le fait est que je suis écrivain : une femme écrivaine, ce n'est pas une femme d'intérieur qui écrit, mais quelqu'un dont toute l'existence est commandée par l'écriture".
Simone de Beauvoir écrivit son premier roman "L'invitée" en 1943 et son roman "Les Mandarins" obtint le Goncourt en 1949. Puis, elle devint le chantre du féminisme cette même année avec "Le Deuxième Sexe".
Et finalement, le récit de sa vie couvre l'ensemble du XXe siècle dans "Mémoires d'une fille rangée", et ce en 1958.
29/12/2025 à 10:01
Nicolas Gary, bonjour, vous parlez d’« absence de calcul », ce n’est pas possible… La cambrure et la choucroute, vous ne croyez pas que c’est le fruit d’une réflexion ? (tout comme Amy Winehouse reconstruira son aspect très cérébralement, en reprenant certains éléments de cette époque ) Quand Matisse ou Picasso peignent c’est en dehors de tout calcul aussi ? Ils sont innocents aussi ? Je ne comprends pas le mot innocence là-dedans. La danse est un travail acharné. Tout est travaillé chez BB revoyez la démarche, l’attitude, et la danse dans le film de Vadim, elle peint son corps et ses mouvements comme un peintre peint une toile. Le film de Vadim fait très BD d’ailleurs, à force d’être graphiquement stylisé par BB. Vous voulez dire en dehors de tout calcul apparent, j’imagine ? Cette impossibilité des garçons à comprendre qu’une femme est un artiste, c’est pas possible… Ou bien je ne suis pas bien réveillée, je n'ai pas saisi une nuance.
29/12/2025 à 10:15
Les quelques mots sur le "phénomène " Bardot se lisent. Coïncidence ? Le film "Bardot" tout récent est de la même "texture". Des pensées pour ceux qu'elle aimait et qui l'aimaient. Peut-être plus nombreux chez les animaux que chez les humains?
29/12/2025 à 11:41
Pour ma part Brigitte Bardot dépasse largement l'icône star du septième art dans années 60-70 et celle qui s'est battue pour la cause animale. Je ne peux pas oublier la militante d'extrême droite qu'elle fût condamnée à deux reprises pour propos racistes et ayant tenu aussi des propos homophobes et plus récemment masculinistes aussi. Son amitié pour Jean-Marie Le Pen date quand même de 1958! https://www.nouvelobs.com/politique/20251228.OBS111016/comment-brigitte-bardot-a-epouse-les-theses-de-l-extreme-droite.html
29/12/2025 à 18:42
« elle semble ignorer qu’elle est désirable », contresens de Beauvoir, chacun de nous est inégal. BB est un sujet paradoxal ; et Beauvoir et l’érotisme, ça fait deux. Ni Bardot ni le personnage de Juliette chez Vadim n’ignorent qu’elles sont désirables. (Par contre, la question si elles « semblent » ignorer qu’elles sont désirables appartient à la perception de chacun, bien sûr.) Serge Tubiana hier parlait de l’érotisme agressif de Bardot, avec davantage de pertinence. Elle ne laisse pas affleurer son érotisme, elle surcharge tous les plans de son érotisme superactif. Voir par exemple la posture jambes à l’air assise sur la table de vente de la librairie où Juliette chez Vadim est censée travailler… Toutes les vendeuses de librairie font ça, bien sûr. J’adore la porte ouverte de la librairie en arrière-plan, pour que le spectateur comprenne que si, si, la librairie est ouverte et vous pouvez entrer pour voir le spectacle (j’adresse à Actualitte une capture d’écran de cette image si vous voulez, pour juger si vraiment l’érotisme ne fait qu’affleurer et si BB semble ignorante de l’effet qu’elle produit. Les librairies vont redoubler d’affluence. )
30/12/2025 à 20:30
Ce que je ne comprends pas, c'est cet émerveillement pour Simone de Beauvoir, alors que l'on attaque (avec juste raison tant d'écrivains sur leurs rapports avec des jeunes filles) . Et que, vraiment, elle les vaut bien. On se souvient de ce qu'elle a fait à des jeunes filles sous sa coupe ? Sans doute aucun lien avec cet article. mais bon : moi, les analyses de Beauvoir.
31/12/2025 à 08:33
Chère Anne, je plussoie, ma vénérable mère née en 1931, ancienne lycéenne au lycée Molière dont Beauvoir a été virée, me raconte encore aujourd'hui de quoi il retourne. A confirmer mais je crois que c'est pour détournement de mineur qu'elle a été suspendue de l'Education nationale (et pas seulement une fois me semble-t-il, à confirmer). Je demande pardon à l'autrice des Mémoires d'une jeune fille dérangée, mais lisez toutes affaires cessantes ce livre, je dis bien dérangée, en poche, Mémoires d'une jeune fille dérangée. Et aussi la bio de Beauvoir chez Perrin. C'et horrible. Elle enlève une jeune fille russe à ses parents, une jeune fille qui était partiepour faire médecine, Sartre et elle montent le bourrichon aux parents pour leur dire que c'est plus chic de faire philo, qu'eux deux la prennent comme pupille, et au bout d'un cours particulier de philo, les deux pervers décrètent que la jeune fille n'a aucune fibre philo et voilà le tendron parti à la dérive pour le restant de ses jours, à être l'objet des caprices de ces deux -là; Je restitue de mémoire, je ne sais plus si c'est Olga ou une autre. La nausée, c'est le cas de le dire. Moi-même longtemps activiste au groupe féministe La Barbe, groupe qui a été si efficace ! j'ai essayé de dessiller mes compagnes de lutte au sujet de Beauvoir qui est un sujet bien pourri, peine perdue.
01/01/2026 à 11:31
Je disais je demande pardon parce que j'avais oublié le nom, c'est Bianca Lamblin, Mémoires d'une jeune fille dérangée, non pas en poche mais chez Balland, d'occasion ou en bibliothèque. Et la biographie éclairante et sans concession de Beauvoir est de Claude Francis et Fernande Gontier, éd. Perrin. Je les ai lus à la même saison donc je ne sais plus quels éléments sont dans l'un ou dans l'autre. Cela dit dans les commentaires, c'est Aurélien qui donne le coup de massue, à propos de BB dès 1958.
09/03/2026 à 21:43
"Cela dit dans les commentaires, c'est Aurélien qui donne le coup de massue, à propos de BB dès 1958"
. coup de massue malhonnête mais on comprend vite que l'auteur n'a comme seul but de la salir !
La photo mis en avant par l'obs et qui date effectivement de 1958 montre un JM Lepen qui n'est alors qu'un jeune député, loin du statut et du regard pris pour écrire ce commentaire (le FN n'existe même pas !), et qui a invité la star mondiale Brigitte Bardot à visiter, dans un hôpital militaire, les soldats Français blessés dans les combats en Algérie.
Il s'agit d'une opération 'traditionnelle' de soutient moral aux troupes auxquelles les célébrités participaient couramment aux coté de responsables politiques.
En clair, cette photo n'a rien à voir avec un quelconque engagement politique. Elle documente uniquement un evenement lié à la guerre d'Algérie mais cela, je pense que ça ne vous intéresse guère puisque pas en phase avec la sale raciste de Bardot ?
Elle était aussi raciste avec les Canadiens parce que le massacre des phoques, raciste avec les Japonais avec les baleines, raciste avec les espagnols avec les fiestas , raciste avec les français concernant le gavage des oies, la chasse à cour et évidemment, car c'est bien là le sujet, raciste avec l'islam avec l'aid alors qu'elle s'est battue pour une loi obligeant l'étourdissement des animaux avant leur mise à mort .
Brigitte est née et a été éduquée dans une famille bourgeoise de droite. Elle est restée avec des idées de droite, admiratrice du Général et ne s'en ait jamais cachée bien au contraire. Elle a été punie pour des déclarations qui sont pleinement d'actualité aujourd'hui, qui font débat de société et pas seulement en France !
Elle a même "tenu des propos masculinistes". Heureusement que la peine de mort était abolie. Les terroristes de 2015 ou décapiteurs de profs auraient dû patienter derrière elle .
10/03/2026 à 07:48
Je dis les faits! Brigitte Bardot était plus ou moins militante d'extrême droite par ses prises de paroles racistes, homophobes et masculinistes dont certaines lui ont valu des condamnations! Son talent d'actrice ne saurait le faire oublier et encore plus aujourd'hui avec l'extrême droite du RN qui a un grand nombre de députés n'en déplaisent à certain.e.s!
10/03/2026 à 07:56
Vous n'avez pas compris ? Pour aurélien l'humanité se divise- uniquement- en deux : ceux qui sont d' accord avec lui et les autres, ie l'extrême droite telle qu'il la définit. Quant aux animaux qui furent "la vie" de BB, ils sont partie négligente.
10/03/2026 à 10:29
N'essayez pas de vous victimiser et restez dans le sujet. Les gens d'extrême droite ont les mêmes droits et les mêmes devoirs(même quand le RN veut bafouer ceux des autres). Les éloges pathétiques de Brigitte Bardot seront bientôt aux oubliettes.
31/12/2025 à 04:56
Bravo également pr le choix iconographique !
&comme dialogue entre lecteurs-commentant : D. Sels/improvisations, fruits de longs travaux préparatoires (&ou d'une formation exigeante : hypothèse non-pertinente_BB).
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On a longtemps demandé aux lecteurs de traverser la ville, de trouver l’horaire juste, de plier leur journée au rythme des institutions. Puis certaines villes ont compris l’inverse : c’est au service public de bouger. À Changchun, dans le nord-est de la Chine, la bibliothèque descend du piédestal, entre dans les quartiers, emprunte les circuits du quotidien et transforme un geste banal — prendre un livre — en affaire de proximité réelle.
Dans les librairies du Japon, faute de personnel, l'IA remplace les libraires
Longtemps, la librairie japonaise a survécu à force de patience, de stocks serrés et de dévouement discret. Désormais, elle s’essaie à un autre régime : portes déverrouillées par QR code, caisses sans caissier, caméras qui remplacent le regard. Dans ce pays où le manque de bras devient une donnée structurelle, l’automatisation ne relève plus de la science-fiction : elle s’invite dans les rayons, avec sa promesse d’efficacité et son parfum de dépossession.
Une librairie centenaire de Milan en danger : une coopérative pour sauver Hoepli
Milan, ces derniers jours, regarde l'une de ses librairie comme on passe devant un vieux théâtre menacé : un peu de mauvaise conscience, et cette question embarrassante que le marché pose toujours trop tard. Quand un lieu de livres vacille, ce ne sont pas seulement des ventes qui s’effondrent, mais une certaine idée de la transmission, du temps long et de la présence au monde.
Mort de Yoshiharu Tsuge, maître japonais de la BD du moi
Il y a des morts qui ferment une carrière, et d’autres qui rouvrent une faille. Avec Yoshiharu Tsuge, disparu à 88 ans, c’est tout un pan du manga moderne qui revient nous regarder depuis ses marges : un art sans fanfare, sans héroïsme, mais chargé d’angoisse, de silence et de rêves fêlés. Le Japon perd un maître discret ; la bande dessinée mondiale, l’un de ses plus profonds saboteurs de formes, de narration et de confort de lecture.
Harmonia Mundi Livre accueille les éditions du Layeur en distribution
À compter du 1er avril 2026, Harmonia Mundi Livre intégrera à son réseau de distribution les éditions du Layeur. Une arrivée qui renforce la présence de l’acteur de la distribution sur le segment des beaux livres, avec un catalogue centré sur les musiques populaires et les arts visuels.
À l’INHA, la fermeture estivale de la bibliothèque relance la contestation
La question revient, inchangée, et ravive les tensions. Des membres du personnel de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) appellent à nouveau à se mobiliser contre la fermeture estivale de la bibliothèque, prévue en août prochain. Une pétition circule, dénonçant une décision jugée « inacceptable », tant pour les missions de service public que pour les conditions de travail des agents.
Pınar Selek : une mobilisation à Paris, avant un énième procès
À l’occasion de la publication de l'ouvrage Lever la tête. La recherche interdite sur la résistance kurde (éditions Université Paris Cité) de Pınar Selek et d’une nouvelle audience judiciaire prévue à Istanbul, plusieurs organisations appellent à se mobiliser à Paris les 1er et 2 avril.
En Russie, les livres coûtent plus cher et les librairies décrochent
À force de grimper, les prix finissent par raconter autre chose que des étiquettes. En Russie, le livre entre dans une zone de turbulences où se mêlent papier plus cher, contrôle accru, logistique sous tension et librairies essorées. Ce n’est plus seulement une affaire de marché : c’est une lente modification du droit concret de lire, feuille après feuille, rayon après rayon, ticket après ticket.
Livre : Maison de la Presse fait (un peu) mieux que le marché
Le groupe NAP, qui détient les enseignes de commerces de proximité Maison de la Presse, mais aussi Point Plus, affiche en 2025 des résultats contrastés mais globalement solides. Si la presse continue de reculer à l’échelle nationale, le livre résiste, et certains segments comme les jeux-jouets tirent nettement la croissance.
Avec PEN International, le Prix Inge Feltrinelli distinguera l'engagement des auteurs
Créé par la maison d’édition italienne Feltrinelli et la Fondation Giangiacomo Feltrinelli en 2022, le Prix Inge Feltrinelli (Premio Inge Feltrinelli dans la langue de Dante) s'associe avec l'organisation PEN International. Une mention spéciale mettra ainsi en avant un auteur ou une autrice qui s'engage pour la défense des droits humains.
Une nouvelle gouvernance “consolidée” pour l'Enssib
L'Enssib, École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques, basée à Villeurbanne, annonce un renforcement de sa gouvernance, avec plusieurs nominations en ce mois de mars 2026. Elle sera ainsi « en capacité d’accompagner les transitions à l’œuvre et les enjeux contemporains au cœur de son projet », assure l'établissement.
Jean-Pierre Faye, théoricien du “fer à cheval”, est mort
L’écrivain, poète et philosophe Jean-Pierre Faye est mort le 26 mars 2026 à Toulouse, à l’âge de 100 ans, révèle Le Monde. Figure singulière de la vie intellectuelle française, à la croisée de la littérature, de la philosophie et de l’histoire des idées, il aura consacré son œuvre à une interrogation centrale : que fait le langage au monde, et que fait le monde au langage ?
Cafés, livres, abonnement : la Corée du Sud teste la librairie du futur
À force de promettre des révolutions numériques, l’industrie du livre avait presque oublié une évidence brutale : on lit aussi avec une chaise, une lumière, une odeur, une durée. En Corée du Sud, des cafés-librairies par abonnement remettent cette matérialité au centre. Non par nostalgie, mais par nécessité. Quand le temps manque, que les écrans gagnent et que la vente seule vacille, le livre cherche un autre corps, presque un autre souffle.
Transcrire les livres en braille et les imprimer, un pari fou mais crucial
Malgré les efforts déployés, la production de livres imprimés en braille reste bien insuffisante pour garantir aux personnes empêchées de lire un accès aux nouveautés éditoriales. Le Centre de transcription et d'édition en braille, association spécialisée basée à Toulouse, tentera, au mois d'avril, d'assurer un service d'adaptation à la demande. L'État, qui soutient financièrement la structure, doit par ailleurs mettre en œuvre un plan de production de documents adaptés.
Kenya : quand les bibliothèques passent au solaire pour rester ouvertes
Le vieux fantasme de la bibliothèque comme temple silencieux ne tient plus très longtemps quand les coupures tombent, que le wifi décroche et que la lumière s’éteint avant la fin de la journée. Au Kenya, certains ont cessé d’attendre le miracle. Ils branchent les lieux de lecture sur une autre logique : moins décorative, plus robuste. Le livre y rencontre enfin ce qu’on oublie trop souvent dans les politiques culturelles : l’électricité, la vraie, celle qui permet au reste d’exister.
Alexander Kluge, écrivain majeur et figure du Nouveau cinéma allemand, est mort
Alexander Kluge est mort le 25 mars 2026 à Munich, à l’âge de 94 ans. Avec lui disparaît une figure majeure de la vie intellectuelle allemande d’après-guerre, dont l’œuvre, à la fois littéraire, cinématographique et théorique, a profondément marqué les façons de raconter et de penser les récits aux XXe et XXIe siècles.
À Montpellier, le groupe de librairies Sauramps en difficulté économique
Le chiffre d'affaires du groupe Sauramps, qui réunit aujourd'hui deux librairies montpelliéraines et un magasin à Alès, a été divisé par deux entre 2021 et 2024. Un « projet d'association » serait sur la table pour assurer l'avenir de la structure, selon le propriétaire François Fontès, à la tête du groupe Hugar.
L'islamologue Tariq Ramadan condamné à 18 ans de prison pour viols
L'islamologue, prédicateur et auteur Tariq Ramadan a été condamné, ce mercredi 25 mars, à 18 années de réclusion criminelle, reconnu coupable de trois viols, dont un aggravé. La cour criminelle départementale de Paris l'a jugé en son absence, et a suivi les réquisitions du parquet. La peine s'accompagne d’une interdiction définitive du territoire français et d'une interdiction de diffuser tout ouvrage sur les faits.
Jérôme Rivoisy nommé secrétaire général du ministère de la Culture
Stéphane Lagier n'aura pas assuré le secrétariat général du ministère de la Culture par intérim bien longtemps. Lors du Conseil des ministres de ce 25 mars, Catherine Pégard a proposé la nomination de Jérôme Rivoisy à ce poste, laquelle a été acceptée.
Lucie, la fiction qui envahit la vie : plongée dans un premier roman troublant
Avec Une fenêtre par où s’échapper, publié chez Québec Amérique, Madeleine Allard transforme une intuition née dans l’écriture en un premier roman habité. Entre surgissement du personnage et exploration des tensions intimes, le texte interroge ce qui pousse une histoire à exister. Un récit où création et vertige se confondent.
Descente de police en librairie : à Hong Kong, quatre arrestations pour des livres “séditieux”
Il y a des villes où les vitrines changent avec les saisons, et d’autres où la peur mène la danse. À Hong Kong, la librairie indépendante représente désormais un rapport de force. Quand la police y pénètre pour un titre, c'est rarement suite à une envie pressante : plutôt une démonstration qu'entre l’État et les livres, se poursuit une guerre contre les idées.
Bibliothèques au Japon : une expérimentation discrète qui pourrait faire école – littéralement
Pendant que d’autres secteurs culturels s’étourdissent de mots d’ordre sur l’innovation, le Japon déplace des murs plus anciens et plus solides : ceux qui séparaient les lieux du savoir, les circuits de l’information et les usages du pouvoir local. Dans ce jeu feutré de rayonnages et d’archives, c’est une petite secousse institutionnelle qui prend forme.
Sarthe : Mazarine Pingeot annule une rencontre après la victoire du RN dans la ville
Il aura suffi d’un scrutin municipal pour réviser une tournée promotionnelle : Mazarine Pingeot et le journaliste Arnaud Gonzague, qui devait animer la rencontre avec l'essayiste, ont annulé leur venue à La Flèche. En cause, l’arrivée de l’extrême droite aux commandes locales, et ce qu’elle change aussitôt dans le décor symbolique de la culture, des scènes publiques et des invitations.
Une nouvelle direction attendue pour l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger
La direction générale de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) est susceptible d'être vacante, annonce le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. Cet établissement public national administratif scolarise des enfants français résidant hors de France, mais aussi des élèves étrangers dans les établissements d'enseignement français.
La Drac Centre-Val de Loire recherche toujours une nouvelle direction
Malgré un premier appel lancé en novembre 2025, la Direction régionale des affaires culturelles de la région Centre-Val de Loire n'a pas trouvé, à ce jour, de profil pour succéder à Christine Diacon, en poste depuis 2022.
“Je la tue” : Nassira El Moaddem et Stock portent plainte contre le sénateur Thierry Meignen
Les éditions Stock et leur autrice, la journaliste Nassira El Moaddem, annoncent le dépôt d’une plainte après les propos tenus par le sénateur Les Républicains Thierry Meignen. Dans un entretien accordé au Monde, l'ancien maire du Blanc-Mesnil, ville de Seine-Saint-Denis, s’en est violemment pris à la journaliste : « Je vais la faire condamner pour diffamation. Je vais la fouetter. J’irai au bout, elle va mourir, je la tue. »
Interforum : une cagnotte lancée pour aider les salariés de la logistique d'Editis
Le livre aime ses vitrines, ses prix, ses auteurs, ses promesses de rentrée. Mais loin des tables de librairie et des discours de filière, il avance aussi grâce à des salariés que l’on ne voit presque jamais. Quand le plein d’essence devient une ligne de fracture, c’est tout un envers du décor qui remonte à la surface : celui des entrepôts, des trajets contraints et d’une mécanique sociale qui se grippe en silence.
Droit d'auteur : l'édition critique d'une oeuvre du domaine public reste protégée
La Cour de Justice de l'Union européenne (CJUE) a rendu un arrêt relatif au droit d'auteur au sein de l'UE, et plus précisément concernant l’édition critique d’une œuvre littéraire tombée dans le domaine public. Pour l'institution, cette proposition éditoriale constitue une œuvre protégée par le droit d’auteur à part entière, à condition que les commentaires et l'apparat critique en fassent une « création intellectuelle ».
Un vétéran d’Amazon choisi pour diriger Simon & Schuster
Simon & Schuster tourne une nouvelle page. L’éditeur américain a nommé, début mars, Greg Greeley, ancien cadre dirigeant d’Amazon, au poste de directeur général. Il succède à Jonathan Karp, en fonction depuis 2020, qui avait annoncé son départ et qui restera au sein de la maison pour lancer un nouveau label éditorial, Simon Six.
Allemagne : Berlin stoppe l’extension de la Bibliothèque nationale à Leipzig
Le coup d’arrêt a la brutalité des décisions prises au nom du réel. Le 13 mars, lors de la conférence de presse du gouvernement fédéral, l’abandon du projet d’extension de la Deutsche Nationalbibliothek à Leipzig a surgi comme un signal politique net. Quelques jours plus tard, le 18 mars, le ministère délégué à la Culture a précisé qu’il s’agissait d’un moratoire et non d’une suppression définitive.
Un appel à candidatures pour créer des estampes autour de la tapisserie de Bayeux
La célèbre tapisserie de près de 70 mètres de long quittera prochainement Bayeux, à l'occasion d'un prêt au Royaume-Uni, jusqu'en juin 2027. Son absence ne l'empêche pas d'agiter les imaginaires et de susciter des créations : Le Radar, espace d'art actuel de Bayeux, lance ainsi un appel à candidatures pour une commande d'estampes inspirées par l'épique broderie du XIe siècle.
Delcourt gagne contre Oxymore : la justice annule les marques Métamorphose et Noctambule
Ce 20 mars 2026, le tribunal judiciaire de Paris a donné raison au groupe Delcourt dans le conflit qui l’oppose à ses anciennes directrices de collection, ainsi qu’à la société Mourad Prod, qui possède les éditions Oxymore. Les marques liées à Métamorphose et Noctambule sont annulées, leur dépôt étant jugé effectué de mauvaise foi. De même, l’usage des noms et logos litigieux est interdit et l’éditeur obtient réparation sur plusieurs chefs de préjudice.
- Métiers
- Journée professionnelle
Cognac met la Pologne à l’honneur pour sa journée Lire l’Europe
À Cognac, la manifestation Littératures européennes confirme son ancrage dans le paysage culturel en proposant, le 23 avril 2026, une journée professionnelle dédiée à la lecture du continent. Organisée en amont du festival prévu du 18 au 22 novembre, cette rencontre met à l’honneur la Pologne et ses dynamiques littéraires contemporaines, tout en croisant les enjeux de médiation et de transmission.
Prix Sheikh Zayed : pourquoi la 20e édition marque un tournant
Il y a des prix qui distribuent des médailles et d’autres qui déplacent les frontières. À Abou Dhabi, le Sheikh Zayed Book Award entre dans sa vingtième année comme on entre dans une zone de turbulence : avec le roman, la traduction, les manuscrits et l’édition en ligne dans la même soute. Sous le vernis du prestige, une bataille plus vaste se joue : celle de la circulation mondiale des lettres arabes.
Auteurs de bande dessinée : vivre précaire, se dire professionnel 3/3
Ils publient, signent, dédicacent — et pourtant, nombre d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. L’enquête 2025 des États généraux de la bande dessinée révèle un écart profond entre identité professionnelle et réalité économique. Être auteur ne signifie plus vivre de son travail, mais s’y maintenir, malgré tout, dans un équilibre fragile.